Qu’est-ce qu’une femme ? Qu’est-ce qu’un homme ? Une différence naturelle ou bien un fait culturel ? Nées aux États-Unis, en particulier dans le champ de recherche sur les femmes, les études de genre (gender studies) s’emploient à montrer que les distinctions entre les sexes sont avant tout des inventions sociales, historiquement situées et idéologiquement marquées. Partant, elles proposent de déconstruire les modèles normatifs en faisant apparaître tout ce qui « trouble le genre » (J. Butler) à travers l’auscultation des « lieux » de socialisation où s’opère une répartition des rôles. Elles isolent les phénomènes d’hégémonie, souvent masculine, mais pratiquent aussi l’« intersectionnalité » qui consiste à croiser différents paramètres explicatifs (ethniques, religieux, géographiques, économiques, etc.).

Les œuvres littéraires, en particulier les œuvres narratives, sont propices à rendre lisible un état du social, mais surtout à le mettre à distance, à le penser et à le critiquer. Qu’elles véhiculent ou qu’elles dénoncent les stéréotypes, elles nous permettent de comprendre comment les catégories de genre agissent sur les consciences et, parce qu’elles sont faites de mots, comment les énoncés et la langue façonnent les représentations genrées. Les plus intéressantes d’entre elles vont à rebours d’une conception simpliste qui voudrait que les relations entre sexes se réduisent à des rapports de domination et de ségrégation. Les études de genre appliquées à la littérature nous confrontent à la complexité et nous obligent à la nuance.

Après avoir rappelé les grands points méthodologiques mais aussi les débats qui traversent ce champ d’analyse, nous aborderons des cas qui soulèvent la question des femmes et des hommes, du queer et des sexualités dans un corpus de textes essentiellement francophones.